Du 9 au 15 octobre 2025, plus de 10 000 participants se sont réunis à Abou Dhabi pour le 8ᵉ Congrès mondial de la nature de l’UICN , dans un contexte d’accélération de l’érosion de la biodiversité et de fragilisation du multilatéralisme. Au-delà de sa fonction fédératrice, ce Congrès a été un moment structurant pour l’agenda international, dans la continuité de la dynamique engagée à Marseille en 2021, alors qu’il ne reste que cinq ans pour atteindre les cibles du Cadre mondial de la biodiversité, de l’Accord de Paris et des Objectifs de développement durable.
Sur le plan décisionnel, 148 motions ont été adoptées, dont 8 nouvelles et urgentes, et 38 avaient été préparées avec l’appui des membres et experts du Comité français, confirmant une mobilisation française de tout premier plan. La force de l’UICN repose aussi sur son mécanisme de codécision : pour être adoptées, les motions doivent recueillir la majorité dans deux chambres distinctes (États, incluant agences gouvernementales et collectivités, et ONG, comprenant notamment des organisations représentatives des peuples autochtones), ce qui confère à ces orientations une légitimité singulière et une portée stratégique pour l’action.

Un enseignement s’est imposé avec force : replacer la nature au cœur des enjeux planétaires suppose d’articuler concrètement des agendas trop souvent traités séparément. La notion de “nexus” — biodiversité, eau, alimentation, santé, climat — a structuré de nombreux échanges, qui rappelle l’interconnexion des crises et l’exigence de réponses transversales.
Le Congrès a mis en évidence la diversification des voix de la conservation. Pour la première fois, un Sommet des peuples autochtones s’est tenu en amont du Congrès, avec un Pavillon dédié, et plusieurs motions sont venues réaffirmer l’importance des langues, connaissances et patrimoines culturels autochtones pour la conservation. Les collectivités locales ont été davantage reconnues depuis Marseille, avec l’adoption de motions portées par des collectivités et la mise en avant de leurs actions, confirmant que la mise en œuvre se joue largement au niveau des territoires. Le Congrès a aussi consolidé des dynamiques transversales sur l’égalité de genre, la jeunesse, la philanthropie et l’implication des entreprises, tout en renforçant la cohésion du réseau francophone avec la Déclaration francophone d’Abu Dhabi, signée par plus de 60 organisations.

Enfin, Abu Dhabi marque un tournant stratégique avec l’adoption, pour la première fois, d’une vision à 20 ans : à l’horizon 2045, le monde doit reconnaître la valeur de la nature comme fondamentale pour le bien-être et comme un actif à préserver. Cette vision se décline en domaines de transformation et se traduit opérationnellement par le Programme mondial 2026–2029, feuille de route mesurable pour les quatre années à venir.
Le Congrès a aussi renouvelé la gouvernance : la Présidente Razan Al Mubarak a été reconduite, et j’ai eu l’honneur d’être réélue conseillère mondiale représentant l’Europe de l’Ouest. Cette réélection m’a été confiée avec un mandat particulièrement fort : 789 voix, soit 71,53 % des suffrages. Au-delà du résultat, je retiens surtout ce qu’il reflète : une mobilisation collective, patiente, construite dans la durée, et une qualité de liens renforcée au sein de l’Union pour le mandat 2025–2029.

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